

Antoine Billore, antiquaire et chasseur de mobilier vintage, a créé un univers ludique et émotionnel, où chaque objet raconte une histoire unique. Jeanne Damas l’a rencontré dans son espace parisien — à la fois atelier et cabinet de curiosités.
Sa nouvelle collection, qui associe des éléments anciens à des pièces contemporaines, sera présentée au Salone del Mobile à Milan en avril 2026. Après l’exposition, Antoine ouvrira sa première boutique dans le 10ᵉ arrondissement de Paris, un lieu pour chiner, découvrir et s’émerveiller.
INTERVIEW
JD : Peux-tu te présenter et nous dire ce que tu fais ?
AB : Je m’appelle Antoine. Je vends des antiquités et des objets vintages : du mobilier et d’autres objets. Je fais ça depuis quatre ans. Avant, j’achetais déjà du mobilier. J’ai travaillé pour une marque de foulards, et aussi pour un parfumeur, où je m’occupais de l’aménagement des boutiques pendant longtemps…
JD : Qu’est-ce que tu entends par « aménagement des boutiques » ?
AB : Je m’occupais surtout de la partie design intérieur des projets. Je travaillais avec des architectes, parce que je ne suis pas architecte moi-même, mais c’était moi qui sourcais tout le mobilier… Puis, avec le temps, les projets se sont mis à être de plus en plus loin de Paris. J’en avais un peu marre de voyager, et j’adorais vraiment la partie achat de mobilier. C’est comme ça que j’ai commencé à vendre. Et ça a tout de suite décollé.
JD : Tu as commencé à vendre en ligne ?
AB : Oui, sur Instagram. Et maintenant, ça fait quatre ans.
JD : Comment est-ce que c’est passé de quelque chose d’assez casual à quelque chose de plus professionnel ? Il y a eu un déclic ?
AB : En fait, j’ai gardé un autre travail pendant les deux premières années, donc il n’y avait pas vraiment de pression pour que ça fonctionne. Puis j’ai quitté mon autre boulot, et là, il fallait que ça marche. À partir de ce moment-là, beaucoup de projets ont commencé à arriver. Aujourd’hui, je fais pas mal d’achats dédiés pour des marques, mais aussi pour des architectes. Et je commence à faire beaucoup d’achats d’art.
JD : Pour des particuliers ?
AB : Plutôt pour des groupes, notamment pour des hôtels.
L’idée originale du projet, je l’ai appelée Stolen Object from my ex’s. Je voulais quelque chose de drôle, de ludique, pas du tout comme une brocante ou un antiquaire prétentieux. Je voulais que ce soit fun. Je vends presque uniquement du mobilier non signé, c’est vraiment mon truc. Je ne suis pas très intéressé par les signatures, le côté prétentieux ou l’aspect investissement / collection.


J’adore les pièces où l’on sent qu’elles n’ont pas été faites pour une marque ou une entreprise : on sent que c’est fait par quelqu’un.
Antoine Billore
JD : C’est donc plutôt une histoire de coups de cœur ?
AB : Exactement. Des objets bien faits, des objets coup de cœur. Je crois vraiment qu’aujourd’hui, si tu veux bien aménager ton intérieur, il faut acheter de la seconde main. Sinon, c’est soit pas terrible, soit extrêmement cher, même si certains éditeurs de mobilier sont incroyables.
JD : Comment définirais-tu ton style ?
AB : J’aime les objets un peu rigolos, j’aime l’art populaire. J’adore les pièces où l’on sent qu’elles n’ont pas été faites pour une marque ou une entreprise : on sent que c’est fait par quelqu’un.
JD : Et si tu devais choisir trois types d’objets qui définissent ce que tu fais ?
AB : Ce que je vends énormément, ce sont les colonnes : piliers, piédestaux, de tous types. J’adore aussi les toutes petites tables d’appoint. Les tableaux prennent de plus en plus de place aujourd’hui. Et puis les chaises, j’en vends beaucoup.
JD : Et ton processus pour chiner ? Où vas-tu ?
AB : Partout.
JD : Et ton rythme ? Comment tu t’organises ?
AB : Avant, quand j’avais un autre boulot, j’avais des périodes très dédiées aux achats. Maintenant, j’achète tout le temps, presque tous les jours. Mais ma philosophie, c’est de continuer à vivre une vie normale. Je fais plein de choses, j’ai des amis, je bouge beaucoup, et partout où je vais, j’essaie de trouver des endroits pour découvrir des choses. Je regarde aussi un peu en ligne avant. Si j’ai un week-end quelque part, je peux m’arranger pour arriver trois heures avant le déjeuner et demander en amont : « Tu connais un petit endroit sympa à côté ? »


JD : Quel est, selon toi, le meilleur pays pour chiner ?
AB : Pas forcément pour faire les meilleures affaires, mais pour le meilleur choix en Europe, c’est la Belgique. Anvers, par exemple, avec la Rue des Antiquaires, c’est incroyable. À Bruxelles aussi, il y a énormément de marchands. En revanche, ce n’est pas là que je fais les meilleures affaires.
JD : Ah, donc c’est cher ?
AB : Oui, ce sont de vrais prix. Mais on peut quand même négocier, peut-être pas autant qu’ailleurs, et surtout, on trouve énormément de choses. Au final, on repart content, c’est vraiment très bien.
JD : Et Drouot, tu y vas ?
AB : Oui, je fais tout : Drouot, Leboncoin, toutes les plateformes.
JD : En ligne aussi ?
AB : Oui.
JD : Donc maintenant, tu scrolles Drouot au lieu d’Instagram.
JD : Comment exprimes-tu ton esthétique aujourd’hui ? Qu’est-ce qui te motive à continuer, à aller plus loin ?
AB : Je crois vraiment en ce que je fais. Je pense que c’est juste. Aujourd’hui, on a vraiment besoin d’émotion, et vendre des objets uniques, en sachant qu’il n’y en a qu’un, c’est incroyable. C’est beaucoup de travail, c’est fatigant, mais ça me correspond. J’adore les objets que je vends. Je trouve génial que chaque pièce soit unique. Aujourd’hui, tout le monde cherche ce petit quelque chose, cette émotion, et c’est beaucoup plus facile de la transmettre quand on sait que l’objet est unique.


Aujourd’hui, tout le monde cherche ce petit quelque chose, cette émotion, et c’est beaucoup plus facile de la transmettre quand on sait que l’objet est unique.
Antoine Billore


JD : Ton exposition à Milan en avril 2026 marque une étape importante. Comment ce projet est-il né, et que représente-t-il pour toi, personnellement et artistiquement ?
AB : J’adore le Salone del Mobile depuis longtemps. J’avais envie d’y faire quelque chose depuis un moment. L’année dernière, en y allant, j’ai vu de plus en plus d’événements off-Salone, à petite échelle, très charmants, dans des appartements. Ça m’a motivé. C’était aussi un bon prétexte, car j’avais envie de fabriquer mes propres meubles depuis longtemps et c’est justement l’esprit du Salone. Je suis très heureux. Je vais présenter une petite collection.
Dans ces pièces, il y aura des éléments anciens intégrés : canapés, fauteuils, chaises, petites tables. À chaque fois que je trouve un élément ancien à intégrer, ça peut être un tissu sur une chaise, ou plutôt un panneau de marqueterie ancienne, ou encore des éléments décoratifs comme des plaques de métal ou d’étain. Je fais aussi des colonnes dans lesquelles j’intègre des vases. Ce sont de véritables objets d’art.
JD : Ce ne seront pas des séries ?
AB : Non, ce seront des pièces uniques : des objets nouveaux avec des éléments anciens. Je suis très excité. La prochaine étape n’est pas encore définie, mais je pense qu’après l’été, j’aurai une boutique. C’est mon rêve. Je pense que ce sera dans le 10ᵉ arrondissement. Ça fait longtemps que j’en ai envie. Ici, on ne perçoit pas cet endroit comme une boutique, c’est mon entrepôt. Je suis là tous les jours, je travaille, il y a toujours des visiteurs. C’est génial. Je vends très bien. La différence avec une boutique, c’est qu’elle sera sur rue.
JD : Et comment va-t-elle s’appeler ?
AB : Je ne sais pas encore si je l’appellerai Antoine Billore ou si je continuerai avec Stolen Object from my ex’s. Peut-être les deux. Je pense que Stolen Object from my ex’s attire vraiment les gens.
JD : Oui, peut-être l’inscrire en plus petit. Ça peut être marrant, et attirer aussi des passants, pas seulement des followers.
AB : C’est exactement l’idée.

Je crois vraiment qu’aujourd’hui, si tu veux bien aménager ton intérieur, il faut acheter de la seconde main.
antoine billore
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